L'autre carnet de Jimidi

Ce que je trouve sur l'architecture ronde (et ce qu'elle m'inspire…)

Rotonde ferroviaire d’Avignon – Bernard Laffaille – 1947

Rotonde ferroviaire - Avignon - 1947 - Bernard Laffaille - Photo 01

Je me demandais dans un précédent article à quoi avait bien pu servir le Pavillon Français de la foire internationale de Zagreb en 1937 ? Il a au moins permis à Bernard Laffaille, ingénieur, de construire les rotondes ferroviaires SNCF après la dernière guerre. Il a construit son prototype en Avignon, en 1946 et si j’ai bien compris les documents techniques dont je me farcis la lecture depuis deux jours, son cahier des charge comportait (entre autres) deux impératifs totalement ahurissants aujourd’hui : maximaliser l’éclairage naturel et prévoir l’évacuation des fumées. Et alors ? Me demanderas-tu, pas du tout ahuri. Alors ça veut dire qu’à l’aube des années cinquante – c’est quand même pas le néolithique – la majorité des locos roulaient au charbon et que l’éclairage électrique des locaux – ici des locaux de travail – n’était pas généralisé (la grande vague des tubes fluorescents, c’est dans les années 70).

Comme j’ai pu le constater dans un premier article consacré aux rotondes ferroviaires, ce patrimoine est très largement délaissé. Pas forcément menacé – la rotonde d’Avignon est classée aux monuments historiques – juste, il ne suscite aucun intérêt. Je mesure ça avec les photos disponibles sur le Net : quasi rien. J’avoue que je ne comprends pas pourquoi. Voilà des bâtiments beaux et intéressants, dont les exemples de reconversion réussis ne manquent pas et pourtant voués la plupart à la déshérence…

Les photos filigranées ont été récoltées sur le site « Cité de l’architecture et du patrimoine » dans l’article consacré au fond d’archives laissé par Bernard Laffaille. Ci-dessous, la doc officielle, tirée du site des affaires culturelles.

Rotonde ferroviaire - Avignon - 1947 - Bernard Laffaille - Photo 10

↑ La rotonde ferroviaire d’Avignon dans Google earth. Le bâtiment fait une bonne centaine de mètres de large.

Rotonde ferroviaire - Avignon - 1947 - Bernard Laffaille - Photo 09 Rotonde ferroviaire - Avignon - 1947 - Bernard Laffaille - Photo 08

↑ ↑ La rotonde ferroviaire d’Avignon dans Google street view. Je ne sais pas ce qu’ils ont mis sur les baies vitrées, ni pourquoi. Marre de changer les carreaux ?

Rotonde ferroviaire - Avignon - 1947 - Bernard Laffaille - Photo 07

↑ Sans doute pas la rotonde d’Avignon, mais c’est le même procédé « Laffaille » de construction.

Rotonde ferroviaire - Avignon - 1947 - Bernard Laffaille - Photo 06 Rotonde ferroviaire - Avignon - 1947 - Bernard Laffaille - Photo 05

↑↑ La rotonde ferroviaire d’Avignon probablement dans son état actuel.

Rotonde ferroviaire - Avignon - 1947 - Bernard Laffaille - Photo 04

↑ La rotonde ferroviaire d’Avignon, en construction. Désolé, je n’ai pas trouvé les légendes des points référencés.

Rotonde ferroviaire - Avignon - 1947 - Bernard Laffaille - Photo 03

Rotonde ferroviaire - Avignon - 1947 - Bernard Laffaille - Photo 02 Rotonde ferroviaire - Béthune

↑ Une « rotonde Laffaille » reconvertie en centre commercial, à Béthune, département du Nord – France.


Département : Vaucluse

Commune : Avignon

Appellation : Rotonde SNCF d’Avignon

Adresse : avenue Pierre Semard

Coordonnées : 43° 56′ 20.00″ N    4° 49′ 24.00″ E

Auteurs : Bernard LAFFAILLE (ingénieur), H. GAILLARD (entrepreneur)

Date : 1946-1952

Protection : Inscription au titre des monuments historiques par arrêté du 28 décembre 1984 Label : patrimoine XXe Circulaire du 1er mars 2001

© Sylvie Denante, drac paca crmh, 2000

Lien vers l’article original

Dès 1944, les responsables de la SNCF commencent à penser la reconstruction de leurs installations détruites. Parmi les priorités figurent les remises à locomotives. Le principe des rotondes est retenu : économes d’espace, elles rendent très efficaces les manœuvres. L’autre principe arrêté est celui de la construction en série à partir d’un prototype. L’étude devra faire progresser le système en améliorant son éclairage naturel et l’évacuation des fumées. Une conception nouvelle sur la structure du bâtiment est donc nécessaire.

N’hésitant pas à s’entourer de compétences extérieures, la SNCF fait appel à l’ingénieur rémois Bernard Laffaille. Dix-neuf rotondes seront édifiées de 1946 à 1950 en France, dont une à Avignon : le prototype. « Un des meilleurs ingénieurs constructeurs de notre temps », ainsi est présenté Bernard Laffaille (1900-1955) en 1948 par le ministre de la Reconstruction et de l’Urbanisme, Eugène Claudius-Petit. Tournées vers les procédés constructifs offrant la plus grande stabilité structurelle pour le minimum de matière employée (voiles minces, surfaces gauches, paraboloïdes hyperboliques) ainsi que vers les méthodes de la préfabrication lourde, les recherches menées avant la seconde guerre mondiale par cet ingénieur inventif trouvent en 1945 un champ idéal d’application. Son invention la plus originale est le « V Laffaille », dont l’emploi le plus systématique concerne la structure des rotondes SNCF. Mais c’est également ce même élément qui fera l’architectonique remarquée de Notre-Dame de Royan où l’ingénieur collabore avec l’architecte Guillaume Gillet. Bernard Laffaille fut épisodiquement associé à Le Corbusier, Jean Prouvé, Jean Lecouteur, Robert Camelot, Maurice Novarina, etc., et ses conceptions eurent une grande influence sur l’architecture française des années cinquante et soixante.

Comme toute rotonde ferroviaire, celle d’Avignon est une plate-forme annulaire où, à partir d’un pont tournant central, rayonnent voies de garage et fosses de réparation. Toute l’invention de Bernard Laffaille consiste dans la manière de couvrir ce dispositif, de l’éclairer naturellement et d’en évacuer les fumées. La couverture, constituée d’un voile mince de béton armé subtilement courbé (profils conique et parabolique conjugués), est portée par trois rangs concentriques de poteaux. Ceux de la façade (dont 1 sur 3 est porteur) sont des poteaux-coques pliés en V : les fameux « V Laffaille ». Leur pointe tournée vers l’extérieur, ils forment les trumeaux saillants d’une paroi à dominante vitrée haute de 15 mètres. Paradoxalement, leur forte présence plastique repose sur une étonnante minceur structurelle : la performance réside dans un minimum de matière utilisée pour un maximum de résistance au flambement. Préfabriqué à terre, puis placé par un simple engin de levage, le « V Laffaille » vaudra à l’entreprise Gaillard l’exploit d’exécuter la construction pilote d’Avignon en un temps record : d’avril à novembre 1946. L’évacuation des fumées est assurée par des hottes placées au-dessus des cheminées des locomotives où le flux subit l’attraction produite, sous l’action naturelle des vents, par un déflecteur statique formant l’élégante corniche du bâtiment.

Menacées depuis la disparition de la vapeur, l’avenir des rotondes est incertain. Cependant, celle d’Avignon a été inscrite à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques en 1984.

Rédacteur : Jean-Lucien Bonillo, ensa Marseille, 2002

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2 commentaires sur “Rotonde ferroviaire d’Avignon – Bernard Laffaille – 1947

  1. Sohn Michelle
    1 mars 2016

    Merci pour ces recherches, très bien expliquées. J’ ai habité en face de 1951 à 1954.

    J'aime

    • Jimidi
      1 mars 2016

      Chère Michelle, c’est à mon tour de vous remercier de votre visite. Revenez quand vous voulez !

      J'aime

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Cette entrée a été publiée le 16 août 2015 par dans Architecture ronde, et est taguée , , , , , , , , , , , .
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