L'autre carnet de Jimidi

Ce que je trouve sur l'architecture ronde (et ce qu'elle m'inspire…)

Introduction à la présentation sur ce carnet de trois œuvres de John Lautner

Bob Hope house - photo 01

↑ Bob Hope house – John Lautner – 1973-80

Tu n’as sans doute pas mes raisons de t’intéresser particulièrement à John Edward Lautner (1911-1994) architecte étatsunien, de style, disons futuriste et je t’envierais presque parce que la pêche aux infos le concernant ramène tellement de tout et de n’importe quoi qu’il est difficile de faire le tri.

Trois sources (au moins!) de parasitage concourent à faire écran. La première, rendons leur cette justice, ce sont les œuvres elles-mêmes. On est tellement loin de ce que toi et moi entendons par « maison » que parfois, même le nez dessus, on ne la voit pas. C’est ce qui se passe notamment avec la villa Arango. Sur les photos, on voit des courbes, quelque chose qui passerait volontiers pour un toit, mais pas de murs. Elles sont où les toilettes ? En fait, tu marches dessus. La cuisine, les chambre et les salles de bain sont dessous. Là, t’es sur la terrasse.

Arango Residence - Casa Marbrisa - photo 11

Parce que le « hors norme » commence par le client. Gros, gros moyens, les commanditaires de Lautner, du moins dans la période qui nous intéressera particulièrement ici, la décennie fin des années soixante, fin des années soixante-dix. On s’en doute, ces gros clients aux gros moyens n’ont pas tout à fait la vie de monsieur tout le monde, du moins socialement et leurs maisons ne servent pas seulement à y habiter, mais à paraître, à recevoir, à témoigner d’une réussite. Elle intègrent donc forcément l’idée de scène, de mise en scène et de décor, tout en étant elles-mêmes spectaculaires et démesurées.

Je ne sais plus à propos de laquelle je lisais que le client voulais pouvoir recevoir 300 personnes chez lui – peut-être celle de Bob Hope, la plus démesurée de toutes. Le reste est à l’avenant : on est entre 800 et 2000m2 de plancher et celle de Bob était après sa mort en vente à 50 millions de dollars US. Mais je pense que tu peux l’avoir pour un peu moins. Bref, on est dans une réalité dont on a beau savoir qu’elle existe, on n’a pas forcément les bons outils conceptuels sous le neurone pour se l’approprier et du coup, on a du mal à voir ce qu’on voit.

La deuxième principale source de parasitage, c’est l’admiration. Pas la mienne, tu penses bien que je suis au-dessus de ça, mais il semble bien que les oh ! Et les whaou ! très généreusement associés à John Lautner et à son œuvre fasse abandonner toute velléité de précision. L’oeuvre et son créateur se confondent, le nom des clients disparaît, c’est « Lautner house » à tous les étages, les localisations et date sont floues, ou manquantes. Un signe : on ne trouve pratiquement pas de plan des bâtiments de John Lautner, comme si ce brouillage, ce brouillard devait faire accéder son œuvre à l’immanence. Mais dans le brouillard, on ne voit plus grand chose. Je range aussi dans ce paragraphe voué à l’admiration, la litanie des films dans lesquels ont voit un peu ou beaucoup telle ou telle réalisation de John Lautner, servant par exemple de décor à un pugilat entre James Bond et deux charmantes créatures dans « Les diamants sont éternels » (Diamonds are forever – 1971).Touchant, mais valeur informative nulle.

La troisième source de parasitage, c’est la guerre des egos. Comme on le verra assez vite, les œuvres de John Lautner sont fortes mais curieusement, elles semblent provoquer chez les photographes une surenchère de créativité, comme s’il s’agissait à partir d’elles de quand même se montrer soi. Et que je te trouve des angles, des détails, des compos, des éclairages, des cadrages qui finissent par masquer le sujet. On ne sait plus où on est, ni comment les parties s’accrochent au tout.

Un cas particulier de cette guerre de ego. concerne ceux qui ont quelque chose à te vendre. Je veux dire quelque chose en plus d’eux. C’est souvent du rêve : « Ces merveilleuses villas de milliardaires à Hollywood… » parfois de la déco intérieure, du mobilier, du circuit touristique, quand il ne s’agit pas de la maison elle-même. Si j’en croyais, par exemple, les photos accompagnant les articles plus ou moins titrées « La maison de Bob Hope est à vendre », je serais persuadé qu’elle est sise dans un cadre verdoyant, frais et humide et que le plus proche voisin est dans l’Arkansas, alors que Palm Springs est une ville de 40 000 habitant perdue dans la caillasse, tout particulièrement là où la maison est installée.  Ceci dit, tu tapes « Bob Hope Estate» dans Google earth et il te mène tout droit à ça :

Bob Hope house - photo 04 Bob Hope house - photo 03

Ce que Vanity fair * décrit ainsi, je cite : Vu du ciel, l’extravagant édifice ressemble à une soucoupe volante perdue au milieu d’un éden verdoyant. Heu, pas vraiment non. Ou alors nous n’avons pas la même version de Google Earth, ou pas les mêmes lunettes, ou pas la même conception de l’Eden.

Alors, finalement, qu’est ce qu’on a ?

Pour m’en tenir à ce qui rassemble les trois édifices auxquels je consacrerai des articles, on a un architecte à l’évidence intéressé par le « suspendu », réussissant à faire flotter en l’air le béton monumental. On a, dans cette même réussite, de bien intéressantes propositions conciliant l’ouvert et le couvert, avec le souci de ne pas arrêter le regard par une limite entre l’extérieur et l’intérieur. C’est sans doute en ce sens qu’il faut comprendre la quête de John Lautner d’une « architecture infinie ».

Je termine cette introduction par une liste, très incomplète, des travaux de John Lautner. Il parait qu’il a construit une centaine d’édifices. On en est loin. J’ai mis en gras, dans cette liste, les trois constructions qui feront l’objet d’un article détaillé.

  • Villa Lautner, Los Angeles, 1940
  • Villa Mauer, Los Angeles, 1946
  • Motel de Desert Hot Springs, Desert Hot Springs, 1947
  • Henry’s Coffee Shop, Pomona, 1957
  • Pearlman Mountain Cabin, Idyllwild, 1957
  • Chemosphere, Hollywood, 1960
  • Villa Wolff, Hollywood, 1961
  • Sheats Goldstein Residence, Beverly Crest, Los Angeles, 1961-63
  • Garcia house, Hollywood (ou pas loin), 1962
  • Villa Reiner « Silvertop », Los Angeles, 1963
  • Stevens House, Colony Drive, Malibu, CA, 1968
  • 1 – Elrod House, Palm Springs, Californie, USA, 1968

Elrod-House-facade

Arango Residence - photo 06

  • 3 – Bob Hope house, Palm Springs, 1973-1980

Bob Hope house - photo 05

  • Villa Segal, Malibu, 1979
  • Villa Sheats, Los Angeles, 1989 (retouchée)
  • Lycée international de Los Angeles (LILA), campus de Los Feliz

(* Source : Article paru dans Vanity Fair France de Juillet 2013 – cet article est une diarrhée de TOUS les lieux communs sur John Lautner et son œuvre.)

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Cette entrée a été publiée le 1 août 2016 par dans Architecture ronde, et est taguée , , , , , , , .
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